Emmy Awards 2007 :ce qui va... ce qui ne va paspar Fredissimo
Dossier
Imaginez-vous, début Janvier, l’Academy s’apprête à révéler les nominations aux Oscars.
Là je débarque et vous annonce :
- Helen Mirren pour son interprétation inoubliable dans The Queen ne sera même pas nominée.
- Les petits films, de vraies chefs-d’œuvre comme Pan’s Labyrinth, The Last King Of Scotland ou Little Miss Sunshine, n’ont pas l’ombre d’une chance de décrocher une nomination.
- The Departed de Martin Scorsese n’est qu’un navet, et Une Nuit Au Musée est bien parti pour remporter toutes les statuettes.
Que me diriez-vous ?
« Qu’est-ce que tu racontes ?! Ferme-là, ça arrivera jamais. »
Et vous auriez raison.
Mais voyez, ce genre de choses se déroulent chaque année lors des prestigieux Emmy Awards.
Better ? Sure …
Les nominations de cette édition 2007 se sont révélées cependant bien meilleures que l’an dernier.
Mais qu’il était difficile de faire pire que l’embarrassant désastre de 2006. A commencer par l’oubli pur et simple de Hugh Laurie alors que House a été nominé le plus naturellement du monde pour le meilleur drame. Laurie qui a remporté un Golden Globe la même année pour ce rôle, n’était apparemment pas assez qualifié pour un Emmy. Curieux, non ? Cela continuait par l’improbable doublé 24 / Kiefer Sutherland, et les non-nominations criminelles de James Gandolfini et d’Edie Falco. Pour couronner le tout, Tony Shalhoub, étrangement sélectionné une fois de plus pour sa série des années 70 coincée en l’an 2000, l’a emporté en lieu et place du fantastique Steve Carell alors au sommet de son art, soulevant les vives réactions de la presse dans tous le pays. Enfin il ne faut surtout pas oublier la mémorable nomination d’Ellen Burstyn dans les meilleurs second-rôles féminin pour son passage dans le téléfilm d’HBO Mrs Smith, bien qu’elle ne soit apparu à l’écran que 14 secondes. Oui, secondes.
Pour s’éviter une nouvelle humiliation et pour empêcher que ce genre de « défaillances » ne se reproduisent, l’Académie des Arts et des Sciences Télévisuels s’est empressée de modifier son mode de scrutin, en ajoutant à l’équation un comité expert (blue panel ribbon) composé de membres théoriquement plus dévoués et plus enthousiastes.
Petit rappel donc.
Chaque candidat à la nomination fournit une liste de candidatures pour les différentes catégories. Puis les studios et les maisons de production sont chargés de faire parvenir aux membres de l’Académie le dossier DVD contenant les outils marketing, les notes d’intentions et l’épisode-soumission préalablement choisis par les créateurs-producteurs. Oui, vous avez bien entendu. La sélection ne se fait que sur un seul et unique épisode et non sur la compréhension globale d’une saison entière. Les quelques 13 000 membres de l’Académie vont donc entre Mai et Juillet visionner les épisodes soumis de tous les candidats dans la catégorie dont ils font partie. Sachez par exemple, que n’importe qui est apte à voter dans la catégorie meilleure drame mais que seuls des acteurs jugent les catégories meilleurs acteurs.
Les membres communiquent par la suite les notes qu’ils attribuent aux titres : de 1 pour le meilleur à 5 pour le pire. Une fois les notes mises en commun, un dernier vote populaire a lieu avec tous les membres pour déterminer un liste de 10 titres présélectionnés. Puis c’est au tour du comité expert de définir les 5 ou 6 derniers nominés en couplant leurs voix avec celles du vote populaire.
Enfin ce même comité effectue un dernier polissage afin de prévenir d’éventuelles anomalies du type Ellen « 14 secondes » Burstyn. Tout cela constitue une long et compliqué processus basé, vous l’aurez compris, sur la pertinence du choix d’un unique épisode porte-drapeau laissé à l’appréciation sauvage et inégale des juges …
Impossible de savoir si c’est vraiment la création de ce blue panel ribbon qui a fait avancer les choses, mais la situation s’est sans nul doute améliorée, notamment chez les femmes et les comédies.
Tout d’abord, il y a de l’audace et surtout de la clairvoyance derrière les nominations de 30 Rock et d’Ugly Betty, qui atténuent l’idée judicieusement reçue, selon laquelle il serait impossible pour une nouvelle série d’atterrir aux Emmys. A elles toutes seules, Betty et 30 Rock, incarnent tout ce qu’il y a de positif dans cette édition 2007, en empochant respectivement 11 et 10 nominations dont les plus prisées. The Office et Entourage auront fort à faire face à ces deux fraiches pépites innocentes.
De même, la liste pour la meilleure actrice dans une comédie atteint une perfection rarement approchée par l’académie. Elles le méritent grandement et viennent de tous les horizons : la sitcom classique pour la tenante du titre Julia Louis-Dreyfus, la newbie acclamé pour la belle Tina Fey, le câble pour la brillante Mary-Louise Parker, l’autre newbie plus populaire pour la favorite America Ferrera sans oublier la vaillante housewive Felicity Huffman.
D’autre part, on sent une véritable volonté de reconnaissance du talent, à travers par exemple la nomination, enfin, du génie « made in britain » Ricky Gervais et de sa série Extras qui est doublement mise en avant et honorée pour un scénario (Daniel Radcliffe) et une mise en scène (Orlando Bloom).
Mais le britannique n’est pas le seul a avoir finalement eu son du. Neil Patrick Harris tordant dans How I Met Your Mother, Elizabeth Perkins remarquable dans Weeds mais aussi Rainn Wilson et Jenna Fischer tous deux de The Office ont enfin été reconnu pour leurs prestations absolument irrésistibles.
C’est donc avec un plaisir infiniment plus grand qu’on les retrouve entourés des favoris et des habitués méritants que sont Jaime Pressly (My Name Is Earl), Vanessa Williams (Ugly Betty) ou bien les deux étoiles d’Entourage, Kevin Dillon et Jeremy Piven.
Seule ombre au tableau, l’omniprésence de Two And A Half Men, qui frise franchement le ridicule avec la nomination surprise de Conchata Ferrell.
Aussi, il y a-t-il une seule raison, si ce n’est logique mais du moins compréhensible, pour que la sitcom soit toujours une des meilleures audiences de CBS, ou bien dois-je ranger tout ça dans la rubrique « différences culturelles » ? Dites-moi également pourquoi Jon Cryer concoure dans les second-rôles alors qu’il est la principale bouée de sauvetage de la série ? Et expliquez moi enfin comment Charlie Sheen fait-il pour trouver encore du travail à Hollywood ? Mieux, que fait-il parmi les nominés, au milieu de Tony Shalhoub (bouhh) et de comédiens effectivement talentueux comme Alec Baldwin, Steve Carell et Ricky Gervais ? Il est temps que les juges réalisent qu’une vague ressemblance physique avec son père Martin ne fait pas pour autant de lui un aussi bon acteur, ou un bon acteur tout court.
En scrutant la liste des drames à la recherche d’aspects positifs, on serait tenté de dire que Hugh Laurie a enfin récupéré sa place et que Denis Leary est nominé une deuxième année consécutive. Mais soyons réalistes, Hugh Laurie qui retrouve les Emmys n’est qu’une féroce évidence tant il est tout simplement ce que la télévision a de mieux à offrir, quant à Leary, ne pas le nominer cette année aurait démontré une mauvaise foi assez exceptionnelle.
Je suppose que je vais devoir m’habituer à retrouver chaque année Mariska Hargitay pour son rôle souvent aseptisé dans Law & Order parmi les supposées meilleures actrices. Passons, et concentrons-nous sur les vraies bonnes nouvelles. Nouvelles comme l’intemporelle Sally Field, qui nous revient dans son interprétation magistrale de la matriarche de Brothers & Sisters. Pour notre grand bonheur, Edie Falco se glisse aussi dans les 5, en préparation du sacre annoncé des Sopranos.
Bizarrement les juges sont toujours capable de reconnaître la prestation de Kyra Sedgewick à sa juste valeur, bien qu’elle joue dans une série moyenne, mais oublient pourtant des comédiennes comme Mary McDonnell ou Minnie Driver.
Pour finir, les seconds-rôles naviguent maladroitement entre pertinence et irrationalité totale. Pertinence parce que l’inclusion de Michael Emerson de Lost était une condition intrinsèque, parce que Masi Oka se devait d’être judicieusement récompensé pour avoir donner vie à un des personnages les plus adorables de toute la saison, parce que le superbe retour de Rachel Griffiths ne devait et ne pouvait passer inaperçu.
Irrationalité totale surtout. Parce que trois Grey’s sur six ne relève que du foutage de gueule. Parce que la présence William Shatner est une autre farce. Parce que Lorraine Bracco ne doit son étrange inclusion qu’à une ode coupable et imbue aux Sopranos. Et parce que si les Emmys ont beau s’être améliorés, cette catégorie des seconds-rôles dramatiques n’illustrent que très peu les progrès qui restent encore à faire.
Fixed ? Not quite…
Pour réparer une bonne fois pour toute les Emmy Awards, il faut commencer par mettre fin aux nominations, et parfois même aux victoires, totalement absurdes. Pas absurdes du genre Ellen « 14 secondes » Burstyn, non , absurdes du genre Charlie Sheen et Two And A Half Men.
Pour cette année, les nominations les plus disputées de la meilleure série dramatique sont paradoxalement les plus absurdes.
Passe pour Heroes qui aura certainement profiter du battage médiatique autour du phénomène.
Passe un peu moins pour Grey’s Anatomy qui n’a plus le charme passé mais qui demeure un bon divertissement pur et dur, par moment touchant. Passe beaucoup moins en revanche pour la saison 3 de House qui s’est enfermé à triple tour dans son schéma et qui est apparemment trop effrayé pour en sortir. Mais Boston Legal ?! Non, non, non, non non … Qu’ont donc fumé les juges avant de procéder au vote ? Ont-ils remplacé l’herbe de l’an dernier par de la coke colombienne 5 étoiles ? Etaient-ils tellement crevés ou shootés qu’ils ne savaient même pas pour quoi ils votaient ? Ou sont-ils tout simplement ignares ? Assez ignares pour considérer publiquement Boston Legal comme une des meilleures œuvres dramatiques de l’année, alors que la série compte autant de décors que le 20H de TF1 ?
Peut-être l’épisode soumis était-il formidable, toutefois cela n’excuse en rien cette décision stupéfiante, car les Emmys ne récompensent absolument pas le meilleur épisode mais l’excellence pour une saison entière. Et même en considérant une saison complète, la série spin-off de The Practice, bien plus légère et signé par l’éternel David E. Kelley, n’est en aucune sorte mauvaise, mais la placer dans la liste au détriment de Lost ou surtout de Friday Night Lights est un acte tout bonnement criminel, passible de perpétuité, sans sursis.
Plus grave encore, ils enfoncent le clou en nominant le tout juste moyen James Spader et le vieux routier William Shatner. Qu’est-il donc arrivé cette année à l’Académie pour que soudainement sorte autant de Boston Legal de son chapeau ? Pour une surprise, c’est une mauvais surprise.
Vous l’aurez compris, la polémique se situe une énième fois au niveau des drames. Pour autant, la relative clairvoyance observée au sein des comédies et des femmes en général, peut aisément s’expliquer : le choix se faisant à partir d’un réservoir de comédies et d’actrices bien plus limité, les juges seraient donc très, très mal avisés de se planter aussi royalement qu’ils le font avec les œuvres dramatiques.
Le problème est qu’aucun des membres de l’académie TV ne regarde vraiment la télévision.
Le volume de production télévisuel ayant explosé ces dernières années, il est impossible pour les tous les membres de suivre les milliers d’heures de programmation qui constituent un bouquet créatif phénoménal.
La qualité et l’innovation, on le sait, ne sont désormais plus l’apanage d’HBO.
Qu’il s’agisse de FX, Showtime, Sci-Fi ou Comedy Central, les chaines câblées se posent de plus en plus en vecteur de créativité et d’audace. Fini les gentils policier sans reproches qui traquent sans merci les vils criminels au nom de la justice, voilà The Shield. Adieu dessins animés angéliques, puritains et futiles, bonjour South Park. A ceux qui ont dit qu’un assassin ne pouvait être aimé, je vous présente Dexter. Quand la science-fiction n’est plus qu’une compilation de situations grotesques et inimaginables sans réelle portée, arrive Battlestar Galactica. Et si la littérature se prend un jour à jalouser la profondeur, la nuance, l’ampleur et la résonance que parvient à atteindre une mystérieuse série, c’est que The Wire s’est enfin faite découvrir.
Avec autant de talents et d’ambition crevant l’écran, comment ne pas se révolter contre la non-nomination assassine de Michael C. Hall ? Il a tout de même dépeint dans Dexter un des portraits psychologiques les plus complexes et les plus ahurissants de ces dernières années ?
Et pourquoi la série phénomène Heroes, qui relève bien plus de la science-fiction que Battlestar Galactica, est-elle nominée comme meilleure drame alors que BSG est censé souffrir de son pédigrée SF ? Certainement pour ne pas admettre le potentiel dramatique inépuisable de la série, abordant dans un univers lointain des questions plus proches de nous que jamais.
Mais pas si anonyme que ça au vu des audiences croissantes, le refuge câblé de telles séries ne suffit pas seulement à expliquer autant d’indifférence de la part des Emmys. Car l’omission de Lost soulève un autre point essentiel : la sérialisation omniprésente du format. Les drames épisodiques ne se comptent plus que sur les doigts de la main et la majorité des séries aujourd’hui demandent un investissement plus ou moins conséquent du spectateur. Le cœur du problème réside en fait dans la teneur de cet investissement.
Regardez le premier épisode d’une saison de House puis passez au 20e vous n’en serez pas perdu pour autant. En revanche, entamez une saison de Lost, puis passez directement au 5e épisode et vous avez des chances de : « Hein qui que quoi où comment kesquicheupasse ? Le dharma quoi ?! ».
Et Dieu qu’il en faudrait du courage et du dévouement pour débarquer au milieu d’une saison de The Wire, la série ne demandant pas seulement du temps mais aussi une participation intellectuelle de tous les instants et un esprit alerte, sous peine de laisser filer toutes les subtilités de l’histoire et ne pas apprécier l’œuvre dans toute sa mesure (ce qui serait, honnêtement, un crime).
Or, beaucoup de membres de l’académie sont vieillissants et ne se reconnaissent plus vraiment dans ces nouvelles épopées audacieuse en plusieurs chapitres, mais se suffisent plutôt dans les investigations hebdomadaires de Law & Order ou les péripéties juridiques de Boston Legal .
D’autres, plus actif, n’ont simplement pas le temps, le courage, la volonté ou le dévouement nécessaires pour se laisser embarquer dans une aventure inédite d’une pléiade d‘épisodes dont ils ne ressortiront probablement pas indemnes et qui bouleversera à jamais leur conception de la fiction télévisuel et leurs attentes.
C’est avec un affectueux mélange de ces deux types de juges que l’on se retrouve cette année (comme tant d’autres) avec un regrettable équilibre entre traditionalisme irrationnel (Boston Legal) et monopole exacerbé. Car en ne se focalisant que sur les networks et les porte-drapeaux d’HBO, les Emmys favorisent les séries les plus connus, qui tirent toute la couverture médiatique de leur coté. Pas étonnant donc de retrouver les T-Rex télévisuels que sont Grey’s Anatomy, House ou Heroes. Cette dangereuse reconnaissance par le nom est aggravé dans le cas des Sopranos par une reconnaissance excessive et imbue de la qualité. Bien sur que les Sopranos méritent leurs nominations majeures pour leur extraordinaire accomplissement et la marque indélébile qu’ils laisseront dans le paysage audiovisuel international pour 7 ans de bons et loyaux services … mais 15 nominations ? Non, c’est un peu trop. Tellement que l’on est arrivé au point où l’académie cherche des nominations où il n’y en a pas : Lorraine Bracco ? Elle est à peine intervenue dans la dernière saison. The Second Coming ? C’est loin d’être le meilleur épisode de la série. Quoi qu’il en soit, la bande à David Chase a déjà le trophée dans la poche. Je le sais. Vous le savez. L’académie le sait. Même les producteurs de Grey’s, House, Boston Legal et Heroes le savent et se déplaceront uniquement pour ce qui relèvera plus d’un couronnement que d’une compétition.
Au cœur d’un média fleurissant, la qualité des œuvres télévisuels se repend heureusement aussi aux networks. Dernier exemple en date, Friday Night Lights, créée par Peter Berg et diffusée sur NBC.
Inutile de tergiverser, Friday Night Lights est de loin la meilleure chose que vous puissiez voir sur un network, c’est aussi de loin la meilleure nouvelle série et c’est enfin de loin l’une des toutes meilleures œuvres audiovisuelles de cette année, tous genres et tous formats confondus.
Il s’agit en quelques mots d’une brillante fresque d’une ville américaine moyenne perdu au milieu du Texas, à travers le parcours de la religion locale : le football US. Ce qui choque principalement dans FNL c’est que la série n’est à aucun moment ce à quoi vous vous attendez. On s’ attend à une classique série de football avant le pilote et 45 minutes plus tard on se retrouve avec un série soapie-sport que l’on pense prévisible. Puis vient le second épisode où on se dit « ok, truc va rester avec bidule et le coach machin va ceci cela… », et là encore dead wrong. Finalement à la fin du troisième épisode on comprend qu’on a là affaire à un des plus admirables tours de force de la saison. Car que vous aimiez le foot US ou pas ; que vous ayez quelque chose à faire de la vie des lycéens de Dillon, Texas ou pas ; que l’adaptation du coache Taylor vous concerne ou pas … Berg fait véritablement en sorte que vous vous y intéressiez, que vous vous y impliquiez. Comment ? En transcendant son thème comme son cadre et en les utilisant comme fenêtres pour disséquer les émotions des protagonistes, leurs actes et leurs choix, leurs relations, le tout avec une sobriété, une précision et un réalisme si naturels que se pose inévitablement la question suivante : « Attends, c’est vraiment de la télé que je viens de voir là ? » Puis hésitant, à ce moment on se lève pour s’assurer que son poste n’est pas qu’un cadre au travers duquel joueraient des comédiens en chair et en os devant nous. C’est cela l’effet Friday Night Lights, et c’est pour ça, et pour des acteurs talentueux, des histoires engageantes et un style unique, que l’omission de la série par l’académie est funeste et stupéfiante, certainement la plus criminelle de toutes. Parce qu’il y a une part de tragique dans cet oubli la : non seulement la série méritait une nomination plus que tout, mais elle en avait besoin plus que tout. Le show a peut-être réussi à défaire tous les préjugés qui le conditionnait, il n’a en revanche pas pu défaire ceux des spectateurs qui ont boudé la série. Heureusement, NBC, sous la houlette de Kevin Reilly et avec l’appui inconditionnel des critiques, a eu l’audace de renouveler Friday Night Lights pour une seconde saison en espérant que les Emmys approchants lui donnent un coup de pouce publicitaire auprès du public. La question ne se posait apparemment même pas au vu de la qualité immense du show : FNL serait nominé sans aucun soucis et se ferait connaître enfin à sa juste valeur. Mais je suppose que l’on a tous surestimé l’acuité de l’Académie qui semble plus aveugle que jamais.
En se refusant à reconnaître de telles prodiges, les Emmys s’écartent d’année en année de ce qui faisait une de leur force : permettre à des entreprises exceptionnelles de se faire connaître et de survivre malgré les audiences. Ce rôle fut un temps prépondérant avec par exemple Hill Street Blues dès 1981, qui ne doit sa longue existence qu’à ses Emmys précoces. Plus récemment, Arrested Development a certainement vu sa durée de vie rallongée grâce aux multiples récompenses.
De même, The Office a complètement explosé lors de sa deuxième saison, après avoir été désigné meilleure comédie au terme de son année inaugurale plutôt difficile vis-à-vis de l’audimat.
Mais cette fonction tantôt booster tantôt salvatrice échappe de plus en plus aux Emmy Awards et semble dorénavant appartenir aux critiques.
La presse a appris à se mettre en quatre pour conserver à l’écran ce que l’on appelle là-bas les « critics darlings » (les coqueluches des critiques). Que de grandes séries auraient été ainsi tué dans l’œuf ou n’auraient pas connu de fin sans l’implication et la férocité de la première puissance américaine : Farscape, Arrested Development, Deadwood, ou encore The Wire ont toutes vu leurs durées conditionnées par les plumes affutées de journalistes, parfois épaulés d’une extraordinaire fanbase (Farscape) ou de récompenses justement décernées enfin (Arrested).
The Wire est un cas à part car aucune, absolument aucune production télévisuelle ne peut se targuer d’avoir reçu autant d’éloges. HBO est pourtant habitué à ce que ses programmes soit encensés, pensez à Six Feet Under, Angels In America, Dream On, Sex & The City, Deadwood, When The Leeves Broke et The Sopranos, mais jamais, absolument jamais la chaine payante, aussi audacieuse que prétentieuse, n’avait fait face à un tel raz-de marée. Dans le même temps, The Wire est aussi une des pires audiences de la chaine, qui perd de l’argent à chaque diffusion. Se pose alors le légendaire dilemme, qualité ou rentabilité : les critiques stellaires consacrées à la série dans tous les journaux du pays, écrites par les journalistes les plus renommés, vont faire définitivement pencher la balance du bon coté. Il s’agit bien de l’incroyable histoire de simples bouts de papier qui ont fait évanouir plusieurs millions de dollar, et qui ont maintenu à la vie durant 5 ans «a vibrant, masterful work of art»(Robert Abele, Los Angeles Weekly) et «an astonishing display of writing, acting and storytelling that must be considered alongside the best literature and filmmaking of all time» (Tim Goodman, San-Francisco Chronicle) ; oui, j’ai vraiment envie que vous vous y mettiez, enfin.
Cependant même avec une telle influence des critiques, l’absence de Friday Night Lights dans la liste des nominés laisse présager le pire pour l’avenir de la série si les audiences ne s’améliorent pas, notamment avec le départ de son ange-gardien, le dévoué Kevin Reilly qui quitte la tête d’NBC Entertainment pour Fox.
Avec des nominations irrationnelles voir complètement stupide (Lorraine Bracco, Boston Legal, …), et des omissions toujours aussi outrageuses (The Wire, Friday Night Lights, Michael C. Hall, …), l’Académie doit revoir encore une fois sa copie. Mais plutôt que de servir chaque année deux ou trois bonnes nouvelles de plus, tristement eclipsées par un nombre choquants d’anomalies, les Emmys ne doivent-ils pas refonder leur système en profondeur ?
Avant de songer à modifier une énième fois le mode de scrutin, ou à rechercher dieu sait quel experts pour constituer dieu sait quel comité, les Emmys doivent se fixer une ligne directrice, c’est-à-dire décider une bonne fois de critères d’élection. Savoir si l’on se base sur un compromis commercial/artistique qui laissera forcément de coté les perles du câble et les inconnus des networks. Savoir si l’on choisi au contraire de ne garder que des critères d’excellence nés d’une écriture créative, de réels talents d’acteur et de mises en scène élaborées, qui forceraient une objectivité maximale. Ma préférence va sans aucun doute à ce type de critère.
En l’admettant, l’Académie ne pourra se prononcer sans autres considérations que l’excellence et le mérite artistique et technique. C’est uniquement en s’affirmant de la sorte que l’Académie des Arts et des Sciences Télévisuels sera demain un fidèle homonyme du petit écran à l’Academy du grand écran et des Oscars. Pour éviter que d’autres Godfather de la télé passent à la trappe, souhaitons que ce jour vienne le plus rapidement possible.
Sans plus attendre au quai des nominations, la croisière des Emmys est partie, avec un débarquement prévu le Dimanche 16 Septembre à Los Angeles, espérons seulement que cette 59e édition ne soit pas un autre Titanic.